deadpool a écrit :
Je ne vois pas pourquoi on pourrait faire ce pari et ton avis sur l'issue de celui-ci me parait très optimiste. Ca revient à penser que les moins de 30 ans sont dans une "phase" et qu'ils changeront d'avis.
Le problème c'est que la génération en question, elle n'est pas dans une phase, c'est un avis qui s'est construit sur plusieurs injonctions "douces" ou moins douces mais dans tous les cas persistantes depuis l'enfance et en particulier depuis qu'ils sont dans le système scolaire.
La première, c'est celle du modèle anglo-saxon et son communautarisme, gage de "tolérance" et de "respect" vis-à-vis des religions. Les jeunes baignent dedans H24.
La seconde, c'est le retour au religieux de beaucoup de nos jeunes concitoyens de culture musulmane. Ils se revendiquent plus religieux que leurs aînés et, même s'il y a beaucoup d'hypocrisie (et c'est normal, va suivre l'islam et ses prescriptions à la lettre, il y a de quoi devenir chèvre, un peu comme chez les juifs orthodoxes pour ne pas citer que l'islam), ils affichent et revendiquent le droit à exprimer leur foi dans la sphère publique. Ca passe par pas mal de concessions au quotidien, au collège et au lycée. Les gamines qui ne vont pas à la piscine, les gens qui ne se mélangent pas, les gamins exemptés de sport parce que ramadan, les gamins et gamines qui revendiquent le voile, l'abaya, les divers signes de foi, les gamins qui n'acceptent pas d'écouter certains cours (sciences, histoire selon les sujets). Les profs de moins de 30 ans ont grandi avec eux. C'est leurs potes. Ils se sont construits avec eux (ou à côté d'eux) et ils ont bien intégré ce qui est à faire ou à ne pas faire.
La troisième, pour les quelques jeunes profs qui ne seraient pas convaincus par le reste, c'est le terrorisme. Tu parles du prophète, tu risques ta vie. Tu parles de caricatures (même avec des pincettes king size comme Paty), tu risques ta vie.
Et même sans aller jusqu'au terrorisme, t'as tout intérêt à ne pas formuler de critique de la religion, et je parle même pas du blasphème. Quand j'étais au collège, fin des années 90 en quartier, un mec qui "manquait de respect à la nourriture" pendant ramadan se faisait simplement péter la gueule. Déjà à l'époque, tout le monde dans le quartier avait bien compris qu'il était risqué de parler mal de la religion, ça n'avait juste pas la même ampleur que maintenant. Maintenant, ça gagne petit à petit les endroits paisibles qui faisaient les gros yeux quand on parlait du phénomène à l'oeuvre il y a déjà 20 piges. Et on risque beaucoup plus qu'un tabassage. Faut bien garder à l'esprit aussi que les profs d'aujourd'hui, c'est plus les hussards noirs, c'est pas des héros et c'est pas des guerriers. Ils sont moyen chauds à l'idée de risquer leur vie pour contrer les poussées fondamentalistes pour un salaire de merde et aucun soutien de leur hiérarchie. Et je les comprends. Bref, je tiens le pari. Les jeunes profs ne vont pas changer d'avis, les futurs profs vont conforter cette tendance, tout cela va être amplifié par divers éléments (on a depuis quelques années des influenceurs islamiques ou islamistes, les mêmes obscurs cheikhs qu'on voyait sur les chaines satellite et qui distillaient leur vision de l'islam sont maintenant des jeunes BG et des bimbos qui prêchent la bonne parole, il y a aussi la démographie que tu évoques qui va accentuer la pression sur la laïcité) et on va s'installer de plus en plus dans un modèle anglo-saxon communautariste, par adhésion, par peur ou par les deux. Franchement, je pense que le pari, je l'ai déjà gagné. Je ne vois pas comment on pourrait inverser la tendance. Edit : après, ça ne veut pas pour autant dire que c'est l'effondrement de la France, de la république, de la société, etc. Juste, la laïcité à l'ancienne et les trucs genre droit au blasphème, faudra de moins en moins compter dessus.
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