seblomb a écrit :
Comment savoir à l'avance si l'intervention allait être une réussite ou non ? Parce que là cela ressemble plus à des justifications à posteriori.
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Bah pour la destruction des Talibans, effectivement on ne pouvait pas savoir. La seule chose sure étant qu'on ne peut pas installer la démocratie là bas et qu'une guerre civile est à prévoir dès le retrait de l'OTAN et ça on pouvait le savoir.
Pour s'installer, la démocratie a besoin d'un terreau favorable, des conditions préalables :
- une classe moyenne importante et éduquée : l'Afghnanistan n'en a pas, et le taux d'alphabétisation est très bas. De plus, la guerre civile puis les Talibans ont détruit les élites que le régime communiste avait commencé à créer dans les années 70/80.
- une société en paix, où chaque groupe ethnique est d'accord pour cohabiter avec les autres, et où chacun à une place : or l'Afghanistan est le lieu de luttes d'influence entre la majorité pachtoune et la minorité tadjik, chacune voulant posséder le pouvoir, sans partager avec l'autre.
- un système bureaucratique, éducatif, bref une ossature administrative d'une certaine ampleur, que le pays n'a pas.
- un système où le droit pénal prime sur la vengeance personel : dans ce pays, en cas de litige, on se fait pas chier à aller au tribunal, on règle directement ses comptes avec l'autre. Comment imaginer une démocratie où il n'y a pas de Justice, car chacun la fait à sa sauce avec des inspiration religieuse. Les gens là-bas n'ont aucun problème moral à lapider uen femme infidèle, à couper la main à un voleur ou a décapiter un voisin pour un conflit, tout le monde trouve ça normal, car c'est leur culture qui est comme ça. Tu n'éfface pas des millénaires de pratiques traditionelle en 5 ans, pour le remplacer par des idées si occidentales que la démocratie ou l'état de droit.
En plus, l'Afghanistan est un pays artificiel, créé au début du XXe siècle pour servir de zone tampon entre l'Empire Russe et l'Empire Britannique, il y a peu ou pas de conscience nationale : la fidélité de chaque Afghan va au chef de tribu, au chef de guerre ou à l'imam du coin, pas au lointain gouvernement central de Kaboul. D'autant plus que le pays possèdent de nombreuses zone isolée et montagneuse, genre le Panshir, où les communications sont très difficile, donc si une communauté à un problème, elle va s'appuyer sur le système tribal en place depuis des siècles et pas aux rares fonctionnaires du gouvernement central nouvellement installer, à supposer qu'il y en aient partout et qu'ils ne soient pas corrompus.
Bref, il est au mieux ollusoire, au pire hypocrite, de vouloir installer la démocratie, l'état de droit là-bas. D'ailleurs, faut pas se leurer : le gouvernement Karzaï à une influence très limitée sur le pays, il ne controle de facto de Kaboul et ses environ, du fait de l'occupation occidentale et surtout que dans tout le reste du pays, le pouvoir réel est aux mains des chefs de tribus locaux.