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La grande hantise du pouvoir des El Assad et des alaouites est d’assister à la montée en puissance des revendications sunnites quant à l’exercice du pouvoir. Leur poids démographique donnerait aux sunnites une influence politique majeure que la domination alaouite a totalement occultée. Les alaouites craignent donc, comme en Irak, que la majorité religieuse, prenant conscience de sa force, ne finisse par réclamer une meilleure association au pouvoir, sinon le pouvoir lui-même. Pour tenter d’effacer ces clivages religieux, le régime baasiste met en avant la doctrine qui a légitimée son arrivée au pouvoir, en insistant sur la laïcité de l’Etat. De même, Bachar El Assad a épousé une sunnite, pour le symbole d’une nation unie. Ces éléments ne permettent pas toutefois de dissimuler la réalité d’un pouvoir syrien qui revient de fait à la communauté alaouite, minorité religieuse qui craint un réveil sunnite pouvant déboucher sur des revendications politiques. C’est dans cette perspective que l’on peut placer maintenant la récente interdiction du niqab. On le sait, le niqab est avant tout un symbole sunnite. La recrudescence du port du niqab peut donc être interprétée par le pouvoir alaouite comme un réveil religieux sunnite, une volonté des sunnites de mettre en avant la force de leur foi et, par là, de leur communauté, par un renforcement de la pratique religieuse. Le réveil religieux de la communauté sunnite, sa volonté de manifester et exalter sa foi sont autant de menaces pour le pouvoir alaouite. Une communauté sunnite atone, aphone lui permettait de perpétuer sa domination. Mais si les sunnites, largement majoritaires démographiquement, commencent à s’autonomiser religieusement, le risque mortel qui peut en découler est la formation de revendications politiques remettant en cause le monopole alaouite quant à l’exercice du pouvoir. Comment la minorité alaouite pourrait-elle s’y opposer par la force ? Elle serait nécessairement balayée sous le nombre. L’interdiction du niqab peut donc être interprétée, à côté de l’explication laïque, comme une manière d’empêcher la communauté sunnite de mettre en avant un renforcement de sa pratique religieuse, ce renforcement religieux pouvant se prolonger par des revendications politiques menaçantes pour le pouvoir.
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