sanglier a écrit :
La fin de l'homme rouge de Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature en 2015). D'elle, j'avais lu La guerre n'a pas un visage de femme et La supplication. La fin de l'homme rouge raconte la difficile transition de l'URSS à la Russie actuelle. On ne parlera pas de transition du communisme à la liberté ou à la démocratie car... c'est un peu plus compliqué que ça. Comme tous les bouquins de Svetlana Alexievitch, c'est un livre assez éprouvant à lire ; comme pour les deux autres titres précédemment cités, j'ai eu plusieurs fois la vue brouillée par les larmes. C'est un peu Good bye Lenin mais version hardcore. Alexievitch - c'est sa manière de faire - recueille les paroles d'anonymes (nostalgiques du communisme, anti-communistes, apparatchiks, déportés du goulag, nouveaux pauvres, nouveaux riches, etc.) et les assemble pour dessiner un tableau sensible de la société post-soviétique de 1991 à 2010. Si je devais le qualifier, je dirais que c'est un livre tendrement anti-communiste. Pas parce que l'auteur a de l'indulgence pour le régime mais parce qu'elle tente de comprendre ceux qui l'ont vécu, comme elle, dans leur âme et dans leur chair. Ils l'aimaient, ils le détestaient ce régime, pour de bonnes, pour de mauvaises raisons, pour toutes les raisons du monde. Et puis un jour on le leur a retiré et on l'a remplacé par de l'argent. Rien d'autre. Beaucoup d'entre-eux ne savaient pas quoi en faire. Certains ont déprimé, d'autres se sont réfugiés dans la religion, le passé, les plus durs ont fait de l'argent et sont devenus des oligarques, beaucoup ont bu, beaucoup ont perdu, beaucoup sont morts. D'ailleurs, en résonance avec l'actualité, le livre évoque les premiers massacres interethniques et interreligieux entre arméniens et azerbaïdjanais en 88 et 94. Je le redis, une lecture difficile, éprouvante par la dureté de son contenu. Une citation (un des premiers témoignages) le résume assez bien :
Citation :
"Les occidentaux nous paraissent naïfs parce qu'ils ne souffrent pas comme nous, ils ont des médicaments pour le moindre petit bouton. Alors que nous, nous avons connu les camps, nous avons recouvert la terre de cadavres pendant la guerre, nous avons ramassé du combustible atomique à mains nues à Tchernobyl. Et maintenant nous nous retrouvons sur les décombres du socialisme. Comme après la guerre. Nous sommes coriaces, de vrais durs. Et nous avons notre langage à nous : le langage de la souffrance."
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