biezdomny a écrit :
Dans la série musée qui ouvrent ou qui rouvrent, il y a celui de la BNF qui a l'air assez chouette.
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Carrément chouette, je confirme.
Musée de la BNF - https://www.bnf.fr/fr/le-musee-de-la-bnf#vignette-a5 Visite libre ou guidée. Il y a 2 visites guidées. L'une est axée sur le lieu, son histoire, son architecture, et traverse toutes les salles publiques et pas seulement muséales. Pour modérer les nuisances occasionnées par ces visites dans les salles d'études, il y en a très peu et tous les créneaux sont déjà blindés jusqu'en janvier.
L'autre se limite aux salles muséales et la présentation par une conférencière d'une sélection parmi les nombreuses pièces exposées, avec tout de même un peu d'histoire du lieu et des collections. C'est celle que l'on a faite, d'une durée d'1h30 que l'on n'a pas vue passer. La conférencière était super, on a été scotchés du début à la fin. On s'était inscrits avant-hier pour une visite hier, et on aurait même pu prendre nos billets 10 minutes avant le début de la visite, il restait encore des places (bon, un jeudi à 11h, aussi. Je garantis pas que la visite de samedi après-midi sera aussi facile
).
Les travaux ont duré 11 ans mais ça valait le coup. Ce qui étonne tout de suite, c'est l'étendue des collections. On est à la BNF, on s'attend à voir surtout des livres et manuscrits. Même si l'on sait qu'il y a aussi pléthore de gravures, dessins et photos, de monnaies et médailles, on ne s'attend pas à voir autant d'objets de toutes sortes et de toutes époques (enfin je dis "on", mais je suppose que certains le savaient déjà
je vois d'ailleurs que Biez avait évoqué les vases grecs dans les anciennes salles riquiqui d'avant la restauration).
Pas de catalogue, juste une pauvre revue imprimée sur papier journal : les documents présentés vont en grande partie tourner tous les 4 mois (donc en janvier pour ceux visibles en ce moment), à l'exception des pièces qui ne craignent pas la lumière. Les vases, les bijoux ou l'argenterie seront là à demeure mais tout les supports fragiles, spécialement les papiers/parchemins/papyrus retourneront dans les réserves. Avec un fonds de 40 millions de documents, peu de chances de revoir de son vivant une pièce exposée cette année.
Le parcours est chronologique. Dans la première salle, on peut admirer entre autres le "caillou Michaux", premier document épigraphique en cunéiforme parvenu en Europe, trouvé en Irak en 1786. C'est un kudurru, une charte de propriété (la donation d'un terrain d'un père à sa fille) de Babylone, règne de Marduk-nadin-ahe, 1100-1083 av. Djizeusse (prévenu qu'il n'y avait pas de catalogue d'expo, j'ai pensé à photographier une grande partie des cartels
).
Il n'y a que celui-là dont j'ai oublié de photographier le cartel et il ne faisait pas partie des documents commentés par la conférencière donc on va espérer que ça dit quelque chose à Biez pour nous éclairer.
Je peux juste dire que c'est du papyrus, duh.
Un beau médaillier à panneaux de laque de Coromandel. Les panneaux sont fin 17ème début 18ème et sont Made in China (déjà, oui
) et la bâti a été fait à Paris en 1730. Ce n'est pas visible sur ma photo, mais l'un des panneaux de côté a été monté à l'envers. Comme quoi avant Ikéa on avait déjà des problèmes avec les notices de montage.
Le trésor de Berthouville (Eure), découvert en 1830 par un pécore dans son champ ("oh de la vaisselle !" ). Creuser révéla un sanctuaire gallo-romain consacré à Mercure. Ce sont des chefs-d'oeuvre de l'argenterie romaine et gallo-romaine, des offrandes au dieu, datées du 1er au 3ème siècle.
J'étais fasciné enfant par les vases grecs ocre et noir. J'en ai vu depuis des blindes un peu partout, de Londres à Athènes, mais ils me font toujours autant rêver. Excellente surprise, donc, que cette salle splendide dédiée à la Grèce antique.
Ce vase énorme servait à mélanger l'eau et le vin.
Un noble du Samnium, dans le sud de l'Italie (340-200 av. Jean-Claude)
L'épée de Boabdil. Poignée et fourreau vers 1480 à Tolède, lame de Bavière du 16ème siècle.
Olifant en ivoire de la chartreuse Notre-Dame de Portes (région de Salerne ou d'Amalfi) 1050-1150. Le sud de l'Italie était à l'époque sous domination normande, à la croisée des mondes musulman, byzantin et normand. Si mes souvenirs sont exacts (mais ils ne le sont presque jamais
), c'est à cette époque que les arabes ont introduit en Sicile les pâtes de blé dur dont le succès ne s'est jamais démenti.
Des camées en veux-tu en voilà.
Médaille de Louis XIV avec sa chaîne. Rien que de l'or, on va pas lésiner. Réalisée par Jean Varin qui était le grand médailleur du début du règne de Louis XIV et offert à Jean-Théobald de Reinach-Hirtzbach, un noble d'Alsace, en remerciement de son ralliement à Louis.
Trône dit "de Dagobert" (fin 8ème-début 9ème siècle) sur lequel ce dernier n'a sans doute jamais posé ses fesses, avec ou sans culotte à l'envers mais dont la valeur symbolique a poussé plusieurs rois à "asseoir leur pouvoir" en pratiquant avec ce siège une récupération éhontée du nom de l'illustre ancêtre (l'expression viendrait de là, me dit wikipedia, tandis que madame me souffle à l'oreille qu'il ne faut pas confondre s'asseoir sur le trône et aller faire popot).
Un magnifique échiquier dit "de Charlemagne" (qui est mort deux siècles avant l'introduction des échecs en occident, mais on n'était pas à une attribution apocryphe près, à l'époque). Sud de l'Italie, 1080-1100. En ivoire, bien sûr, et on y discerne encore quelques rares traces d'or et d'argent ainsi que les couleurs rouge et noir. C'est l'une des premières apparitions de la Reine qui remplace le Vizir arabe, le glissement d'un jeu de stratégie militaire indien et musulman vers un jeu courtois occidental.
Dans la même vitrine, un "ongle de griffon", en fait une corne à boire de bison (qui en Europe est devenu aussi rare que le griffon
), 1125-1150. Tous les ans, elle servait de mesure-étalon à la "pinte de Saint-Denis" qu'elle fixait à 1,45l de pinard.
On arrive dans la galerie Mazarin, superbement décorée avec son plafond peint de 280m² qui illustre les Métamorphoses d'Ovide avec plein de personnages qui étaient pour l'essentiel à poil mais qui ont ensuite été recouverts de "voiles de pudeur". L'ultime couche de pudibonderie date des années 70. Oui, les notres. Autant pour la libération sexuelle post-soixante-huitarde. Quelques-uns de ces voiles ont été retirés lors de la restauration de ces dernières années mais la plupart ne peuvent plus l'être sans dégâts.
Le "Grand camée de France" (vers 23). le plus grand connu au monde, rien que ça. Je pouvais pas m'approcher plus. Au centre, Tibère et sa famille, le monde des vivants triomphants (tout à gauche, est représenté Caligula enfant), en haut le monde des morts héroïsés, en bas les vaincus.
Si à 40 ans t'as pas ton évangéliaire relié en or massif incrusté de pierres précieuses, t'as raté ta vie (ou au moins ta carrière dans le clergé).
Ils sont énormes, je dirais dans les 40cm de haut.
Un psautier, vers 1230, sans doute celui de Blanche de Castille.
Celui-là je sais plus mais popopo y'a du boulot.
Des bibles de Gutemberg, on en a vu plusieurs fois, à Annecy comme à New York, mais celle-ci est l'une des 4 seules connues au monde à être complète et imprimée sur velin. Après l'impression, on repassait le tout aux enlumineurs pour pas que le client trouve cette fabrication industrielle trop cheap.
Catherine de Médicis en veuve par Clouet. J'adore Clouet.
Louis II d'Anjou par Barthélemy d'Eyck.
Un globe céleste de 1693. J'ai longtemps rêvé en vain d'avoir un globe de ce type chez moi.
L'image se passe de commentaires, tout le monde aura reconnu une sphère armillaire géocentrée.
Vers 1770
Le manuscrit de Don Giovanni de la main de Mozart (je sais qu'il y a des amatrices d'opéra qui traînent sur ce topic) suivi de la partition autographe de la Symphonie fantastique de Berlioz.
Le manuscrit de Notre-Dame de Paris. En haut des pages, chaque ouvrier qui composait le texte pour l'impression ajoutait son nom, sans doute pour se souvenir de ce qui avait été fait ou pas et qui l'avait fait. Totor piqua une crise en voyant que l'on avait salopé son manuscrit et réquisitionna sa femme : désormais, elle copierait tous ses textes pour garder l'original à la maison, loin des pattes sales d'ouvriers irrespectueux.
Hugo a légué de son vivant tous ses manuscrits à la BNF.
Méphisto dans les airs, l'une des 17 lithos de Delacroix pour illustrer le Faust de Goethe.
Un immense et splendide plan de Paris de 1789
Des affiches bien connues mais là ce sont les tirages d'origine.
La tour (1925) par Robert Delaunay
"Intérieurs parisiens, début du XXe siècle : artistiques, pittoresques et bourgeois". Un album de 58 photos conçu par Atget pour la BN. Chaque intérieur, celui de l'artiste dramatique, de la rentière, de la modiste, du financier ou de l'ouvrière, devait fournir des documents sur le décor contemporain aux professionnels, aux musées et aux bibliothèques.
Costume de coryphée pour l'Agamemnon d'Eschyle dans une adaptation de Mnouchkine en 1990, avec lequel je termine cette petite sélection.
Après ça, on est allés faire un tour dans la Salle ovale, une petite révolution à la BNF puisqu'ouverte à tous, grauitement, sans avoir à montrer patte blanche. Des gens lisant des BD (très belle sélection, d'ailleurs) affalés dans des fauteuils, ça contraste avec la solennité du lieu.
Voilà, c'était génial, on y reviendra en janvier. 
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Un lapsus est une faute commise à l'écrit ou à l'oral qui consiste à substituer au terme attendu un autre concombre (V. Haudiquet).