biezdomny a écrit :
(edit : je chercherai de belles images des étiquettes de pinard parce que ça vaut le détour.)
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Un des trucs bien avec les étiquettes égyptiennes, c'est qu'il se passe des tonnes de trucs dessus. Celle-ci, qui est au British Museum, est apparemment une étiquette de sandales (je savais même pas qu'on étiquetait les sandales).
Une photo zoomable et un commentaire sur le site du musée : https://www.britishmuseum.org/colle [...] /Y_EA55586
C'est vraiment super rigolo comme truc. Déjà, il faut se figurer que ça fait dans les 4.5*5.5 cm, donc ce n'est pas très grand, et parfois on peut trouver quatre ou cinq événements représentés. Ici, ouf, un seul : le roi triomphe des ennemis. L'étiquette vient d'Abydos, où se trouvaient les tombes royales de la première dynastie. On est avant (et pas qu'un peu, on parle de 300 ans avant, cet objet a cinq mille ans) même qu'on commence à parler de l'Égypte de l'Ancien Empire, celle qui construira des pyramides et écrira des trucs partout. On commence à avoir des rois absolus, certains dieux sont reconnaissables, les hiéroglyphes sont en train d'être plus ou moins normalisés, les tombes sont élaborées, et surtout, les images qui vont être utilisées pendant trois mille ans par les Égyptiens apparaissent déjà.
Sur ce petit carré, on a une sorte de condensé d'éléments, que je ne sais pas tous interpréter (mais d'autres savent sûrement). Déjà, il y a LE gros cliché, celui du roi qui tient un ennemi par les cheveux et le cogne avec une masse. On trouve ce dessin sur tout un tas d'objets ou de graffiti contemporains, mais par exemple, quand Ramsès II se fait représenter de la même manière à Abou Simbel, on est presque deux mille ans plus tard.
Et puis alors, vous imaginez, chez les voisins soudanais, quand les roi et reine-mère Natakamani et Amanirenas utilisent la même iconographie à Naga, on est mille deux cents ans après Ramsès, trois mille ans après le roi Den de notre étiquette. Ça c'est une image qui marche mieux qu'un slogan de pub
Il y a aussi des tas de détails chez le roi Den de l'étiquette qu'on retrouvera tout au long de l'histoire pharaonique. Il y a ce pagne, avec une queue à l'arrière (interprétée en général comme une queue de taureau). Il y a le petit bâtiment rectangulaire, devant son visage, dans lequel on peut lire son nom, D (une main de profil) et N (une ligne en zig-zag) sous la figure protectrice d'un faucon. C'est le serekh, une sorte de cartouche en forme de « façade de palais » dans lequel on note ce « nom d'Horus » du roi.
(la stèle du « roi serpent » au Louvre)
Les pharaons des millénaires suivants se construisent une titulature à plusieurs noms différents (cinq à la belle époque) mais le nom d'Horus, protégé par le dieu-faucon, est le premier élément de cette titulature. Il y a aussi le cliché de l'ennemi qui est « différent », ici avec ces longs cheveux, cette barbe, et on voit bien qu'il vient du désert (le sol est irrégulier derrière lui) alors que le roi est sur un beau sol bien plat parce que L'ÉGYPTE C'EST UN PAYS BIEN RANGÉ MONSIEUR. Il y a aussi ce grand étendard planté derrière la figure de l'ennemi, et sur lequel on voit un chacal, probablement le dieu Oupouaout « qui ouvre les chemins ». Sur d'autres objets, comme la palette de Narmer, on en voit tout un assortiment :
(sur la face représentée à droite)
C'est la représentation, pense-t-on, de provinces ou de villes égyptiennes qui sont symbolisées par l'emblème du dieu local. Plus tard, ce seront les nomes, les subdivisions bureaucratiques du pays.
Bref, j'adore l'art du tout début de l'Égypte, parce qu'il y a déjà des tas de bouts d'Égypte « classique » en kit dedans
Pour la route, une autre étiquette de Den, où il se passe beaucoup plus de choses :
Vos yeux acérés tels ceux d'Horus
retrouveront le serekh avec le nom du roi. Sur la partie droite, tout en haut, on le voit assis sous un dais, mais aussi en train de courir entre deux groupes de trois bornes. C'est une représentation de la fête-sed, une sorte de fête jubilaire qui renouvelle la jeunesse et la santé du roi. En-dessous, si vous regardez bien, on voit à droite une sorte de demi-cercle crénelé. Vous le trouverez aussi sur la palette de Narmer, où il représente une enceinte de ville éventrée par un taureau. C'est sans doute ce qui explique le commentaire sur le site du musée, qui indique qu'on pense à la commémoration d'une conquête de ville.
Elle est au BM aussi : https://www.britishmuseum.org/colle [...] /Y_EA32650
Message édité par biezdomny le 10-05-2021 à 21:13:00
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