Floom a écrit :
Je trouve que cet article est assez réducteur quand même.
Poser comme sujet la question de l'individualisme dans les sociétés modernes et le réduire immédiatement aux errements grégaires et identitaires des adolescents, c'est une drôle de démarche.
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Je te rejoins sur le caractère réducteur de l'analyse. Elle est publiée dans La Tribune, donc ça ne pouvait pas aller bien loin philosophiquement parlant, mais l'intuition générale à la base de l'article est absolument perspicace. Note que l'auteur parle des adolescents mais pas uniquement – il parle du conformisme en général. Et puis ça fait du bien de lire quelqu'un qui refuse de qualifier notre société d'individualiste, même si son analyse pourrait pousser plus loin.
Pour ma part, je suis convaincu que les sociétés ou les civilisations les plus collées à la nature, les moins cultivées, sont les plus individualistes, car, quand on est relativement proche de la nature, on dépend relativement peu des autres et beaucoup de son état – de son ressenti, de sa vie intérieure intime. Notre perception de la réalité est alors personnelle. La culture, qui a pour principale origine le caractère trop brutal de la nature, s'impose petit à petit dans le cerveau des gens et finit par ne faire qu'un avec eux, sans que ces derniers ne se souviennent plus quand ils l'ont acquise, pendant leur enfance et adolescence fondamentalement, par répétition, mémorisation mécanique et habitude. Leur moi intime et unique se trouvant de plus en plus refoulé, ils procèdent de moins en moins d’eux-mêmes et de plus en plus des autres, comme des perroquets en quelque sorte. C’est du domaine du réflexe conditionné – d'ailleurs, dans un article que je considère comme l'un des plus prodigieux en philosophie, Vincent Shigeto Oshida parlait de parole-perroquet pour décrire la sphère superficielle du langage qui ne consiste qu'en mécanique, et, même s'il ne s'exprimait pas ainsi, son développement c'était que, dans l'idéal, quand on ne sent pas ce que l'on dit, on devrait toujours fermer sa gueule.
D'où l'idée que les hommes les plus cultivés, au sens des plus éloignés de la nature, sont les hommes les plus coupés de leur état, de leur moi profond et intime, et donc que l'Occident actuel – pour schématiser – est en fait l'endroit et la période de l'histoire la plus conformiste et la moins individualiste. Le paradoxe étant que ce conformisme se fait avec l'apparent respect des individus. Une camisole molle, ou l'histoire de la grenouille dans la marmite qui chauffe progressivement, ou encore la thèse de 1984…
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Moi à la fois je donne et profite de la TEPA.