AndreMarie a écrit :
Ce que je pense de Spinoza.
Mon feu professeur Gilles Deleuze disait de lui qu'il était un "prince" de la philosophie, et je souscris à son avis très appréciatif (voire laudatif) tant la pensée de Spinoza a su transformer - via son maître ouvrage l'Ethique - non seulement ma façon de penser mais aussi ma façon de réagir.
Sachant que la lecture assidue et appliquée des écrits de Spinoza remonte déjà à quelques années, je remarque que ce que j'en retiens avec le temps se décante (toute pédante érudition n'ayant strictement plus aucun intérêt dans ma situation). Alors qu'est-ce qui vie en moi (ou persévère) et qui vient de Spinoza ? Un remède simple et diablement efficace contre les affections tristes : l'intellection active. Comment ça marche ? Quoi qu'il arrive dans ma vie et quelles que soient les circonstances (sociales, existentielles, familiales, professionnelles, etc.), pour ne pas m'enfoncer dans un maelström d'idées négatives, épuisantes, incriminantes, sapantes, où finalement le manque de lumières rationnelles va susciter tour à tour des affects de colère, de confusion ou de désarroi (traduisez par dépression), je cultive l'attitude volontaire qui consiste à réfléchir et à comprendre (via l'écriture). Parce que le truc qui est vraiment génial, et que Spinoza résume dans sa célèbre formule du Traité Politique "Ni rire, ni pleurer, ni détester : comprendre", c'est qu'en se mettant à réfléchir, à aligner une idée après l'autre pour tenter de cerner ce qui nous arrive (en "bien" ou en "mal" ), l'important, ce n'est pas tant le résultat obtenu ("wouhaha, j'ai compris" ) ; non, le plus important c'est qu'on soit parvenu à littéralement retourner notre état de passivité (triste) en état d'activité (joyeuse), et ce grâce à ce "sursaut" d'activité intellective. Plutôt que de se complaire en de vaines lamentations sur les choses qui nous arrivent, on se met (tout bêtement?) à philosopher, à agir, à composer avec des concepts, à considérer dynamiquement et conceptuellement notre vie de désirs, de passions, d'émotions et de parole pour ne jamais sombrer dans la passivité (et sa spirale d'affections tristes).
Bon, évidemment, il demeure tout le contexte subversif et génial de l'Ethique, cette oeuvre forte, sublime et qui fait autorité ; mais ce point là - celui du intelligere - est gravé en lettres lumineuses dans mon esprit.
Et pour cela je ne saurai trop remercier ce grand sage. Merci donc Spinoza .
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