rahsaan a écrit :
Concernant 1) : il n'y a rien de contradictoire. Il est nécessaire parfois d'hésiter quand aucun sentiment ne l'emporte franchement en nous. Spinoza appelle cela "flottement de l'âme". Concernant 3) : C'est faux, il ne fait pas que des démonstrations par l'absurde ; la plupart du temps, il démontre en positif. Il arrive qu'il dise : "considérez le contraire, alors dans ce cas... alors... alors... donc c'est absurde", mais ce n'est pas la règle générale.
Concernant 2) : c'est la vieille histoire du sophisme paresseux. Si tout est déterminé, alors il n'y a pas besoin de se battre, de décider : autant se laisser aller à la nécessité des choses.
Seulement, Spinoza n'a jamais prétendu qu'une nécessité pèse sur nous, comme une chape de plomb et que nous n'avons aucun pouvoir contre elle. Techniquement, on pourrait distinguer système déterministe (les choses sont déterminées de toute éternité, tout est réglé à l'avance, pas forcément en vue d'une fin mais selon une fatalité implacable) et système nécessitariste (les choses sont toujours ce qu'elles sont en fonction d'une cause qui les fait exister). Spinoza tombe sous la deuxième appellation. Une chose est toujours aussi parfaite qu'elle peut l'être en fonction des affections qui sont les siennes. Mais toute chose tend à augmenter son être, c'est à dire en fait à exprimer sa puissance propre ( = son essence) en vertu de la cause nécessaire qui la fait exister. Donc, au sein de ce système d'une nature nécessitariste, comment faire pour que ça aille mieux ?
Cela ne peut pas provenir d'un choix libre de notre part, du libre-arbitre. Mais puisque les hommes cherchent à perséverer dans leur être, à augmenter leur puissance d'agir, à devenir joyeux en somme, alors l'Ethique peut les aider à accroître la part active qui est en eux et à faire qu'elle soit bien plus grande relativement que la part triste, passive. Favoriser les bonnes rencontres, produire des idées adéquates, augmenter notre joie, c'est cela la pratique à laquelle nous invite l'éthique.
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