mini-mousaille a écrit :
bah, c'est juste question de technologie. Quelle différence entre l'impression à la demande et un Store comme le Kindle Store avec des livres dématérialisés ? aucun.
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Oui, c'est bien ce que je voulais dire.
Les ventes moyennes d'ouvrages auto-édités et imprimés à la demande doivent être de l'ordre de 10 exemplaires (5 achetés par l'auteur lui-même, un par sa mère, quatre par des collègues et amis qui n'osent pas dire non). Il en sera de même pour l'auto-édition en "dématérialisé".
Citation :
Tu le dis, il n'y a jamais eu autant d'ouvrages auto-édités. Cela prouve bien la soif de création et la sclérose de l'industrie de l'édition. Celle-ci ne répond plus aux attentes des auteurs. Elle ne permet pas d'absorber toutes la création littéraire, le monde numérique, lui, par l'absence de limite physique (si ce n'est l"hébergement des données), le permet !
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L'industrie de l'édition (qui d'ailleurs est encore très majoritairement artisanale, contrairement à celle du disque, et contrairement à ce que tu crois) n'a jamais eu pour but de répondre aux attentes des auteurs. Son but, c'est répondre aux attentes des lecteurs. Tu n'as jamais lu d'ouvrages auto-édités jusqu'ici, tu n'en liras pas plus quand ils seront dématérialisés.
Il y a un marché de l'auto-édition, mais pas de marché pour les auteurs auto-édités. Tous les prestataires de service qui exploitent l'ego des écrivains hobbyistes s'en mettent plein les fouilles, et ça ne fera que croître (Amazon, Lulu etc.). Mais les auteurs, eux, tu t'imagines vraiment qu'ils vont être lus ? Ma mère fait du tricot, elle ne s'imagine pas pour autant qu'elle va vendre ses modèles. Elle est déjà bien contente quand ses petits-enfants portent ses pulls.
La grande illusion du net, c'est de s'imaginer que pouvoir se distribuer soi-même va ouvrir des débouchés. Ca pouvait être vrai dans certains cas il y a 10 ou 15 ans, ça peut encore l'être aujourd'hui si tu réponds à une demande insatisfaite et que tu offres quelque chose d'unique. Seulement voilà : l'offre en titres nouveaux dépasse déjà tellement la demande que l'on en vient à parler de "crise du livre". Une crise causée non pas par une décroissance des achats (au contraire, jamais on n'a acheté autant de livres) mais par l'éparpillement de ces achats sur un volume de titres qui a doublé en 10 ans, pour la seule édition traditionnelle. Aujourd'hui, un premier roman chez Gallimard dépasse rarement les 1000 ou 2000 exemplaires. Chez un éditeur moins prestigieux, divise le chiffre par 4. Chez un micro-éditeur, divise par 10.
Tu veux quelques chiffres ? Il sort plus de 60 000 titres en France pour la seule édition traditionnelle. En moyenne 1 200 par semaine. Le nombre de titres disponibles à la vente : environ 1 million. Sclérosée, l'édition ?
Sur ce million, un livre sur deux seulement s'est vendu à au moins un exemplaire. C'est déjà remarquable, quand on y pense : aucun marché culturel n'est aussi diversifié, et de très loin. Mais même aussi diversifié, même touchant toute la population, tous les domaines, toutes les bourses, il s'asphyxie sous le poids de sa production. Trop de titres, pas assez de lecteurs.
C'est aussi que le livre ne se consomme pas comme la télé, les divX, les MP3. Tu peux le même jour écouter 60 MP3 sur ton baladeur, mater le 20h puis te finir la soirée avec un épisode de série télé suivi du dernier blockbuster téléchargé sur la mule. Mais combien vas-tu lire de livres ? Si ta moyenne est d'un livre par semaine, tu es déjà dans la catégorie gros lecteurs, une toute petite minorité. Et si tu fais partie de cette toute petite minorité, il y a de grandes chances pour que tu soit bien trop difficile pour avoir envie de prendre le risque de perdre ton temps à lire un bouquin amateur alors qu'il y a un millier de livres réputés qui figurent dans tes intentions de lecture.
C'est aussi ironique que paradoxal : ceux qui parlent d'édition "sclérosée" et appellent à plus de diversité sont les mêmes qui ne rentrent jamais dans une librairie et n'achètent que des livres médiatisés et de grands éditeurs.
Parfois, ce sont des économistes de comptoir, qui aiment refaire le monde de leur clavier. Plus souvent, ce sont des auteurs frustrés, qui ne peuvent admettre que si le livre peut devenir "virtuel", le lectorat, lui, ne le sera jamais. Si l'on trouvait demain un moyen de dématérialiser la réparation de plomberie et que 300 000 Français(es) se piquaient soudain de devenir plombiers, cela n'augmenterait pas le nombre de chiottes bouchées ou de robinets qui fuient.
Citation :
Il y a un nombre infini de possibilités de se faire connaitre mais ce que je sais, c'est qu'il y a une possibilité de ne pas l'être, c'est l'absence d'éditeur. Avec le numérique, ce n'est plus le cas.
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Sauf qu'il existe' un millier d'éditeurs en France, et qu'il est beaucoup plus facile de se faire éditer (et donc de peut-être se faire connaître) que d'être promu quand on est auteur auto-édité.
Un nombre infini de possibilités ? Lesquelles ? Spammer les forums ? Devenir ami avec un millier de fessebouqueurs dans l'espoir qu'ils viennent à leur tour sur ta page ? Quoi d'autre ? Pour devenir connu, il faut d'abord être lu. Les centaines de milliers de musiciens amateurs sont déjà prêts à toutes les bassesses pour que quelqu'un vienne voir leur clip de 3 minutes sur Ioutioube. Comment vas-tu convaincre un inconnu sur le web de passer 6 heures à lire ton livre ?
On va reprendre quelques chiffres. Je ne connais pas le nombre de titres publiés annuellement aux USA, mais admettons qu'il soit 5 fois supérieur au notre, ce qui vu l'ampleur du marché anglo-saxon ne peut être qu'une sous-estimation. Ca nous donnerait 300 000 titres publiés dans l'année, tous genres et langue d'origine confondus. Or en nombre de titres, l'auto-édition via le web a dépassé chez eux l'édition depuis déjà 2009. Alors savoir que sur plus de 300 000 auteurs, une nana qui fait du sous-Twilight pour adolescentes en manque de vampires amoureux a réussi à devenir millionnaire, excuse-moi, mais comme révolution on a vu mieux. 
Message édité par Borabora le 03-03-2011 à 23:23:59
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Qui peut le moins peut le moins.